Colloques, conférences et événements 2014 - 2015 :

Année 2015 :

- 30 avril 2015 : Colloque Soins de support en cancérologie. Médicalisation de l’accompagnement en cancérologie : réflexion critique. Groupe Méditerranéen de Soins Palliatifs. Voir.

- 28 avril 2015 : Colloque DPC CH Alpes Isère : Quand l'alliance thérapeutique est mise à mal. Dire et annoncer un événement indésirable associé aux soins (EIAS). Voir.

Année 2014 :

- 25 novembre 2014 : Journée DPC Infirmiers libéraux " Douleur et fin de vie à domicile. De la théorie à la pratique, de l'erreur à l'échec". Voir.

- 4 avril 2014 : Journée CASP 2014 : Ethique et soins palliatifs. Voir.

- 3 avril 2014 : Conférence-débat en présence d'Emmanuel HIRSCH : Approche éthique et politique de la fin de vie. Voir.

Dernières publications du Cabinet :

1. Éthics, Medicine & Public Health. Article in press. Titre : " Les soins de support en oncologie : dispositif d'appui ou grain de sable des machines à guérir hospitalières "

2. Éthique & Santé. Vol 12 - n° 2 Pages 116-123 - juin 2015. Titre : L'éthicien, s'il existe...

3. Revue internationale de soins palliatifs. 1/ 2014. Titre : L'éthique au risque de son institutionnalisation ?

4. Éthique & Santé. Vol 11 - N° 3 - Septembre 2014. Titre : La visée éthique en santé : l'enseignement des conflits éthico-pratiques.

5. Éthique & Santé. Vol 9 - N° 4 - décembre 2012. Titre : Du compas à la boussole : de l'Evidence Based Medicine au sens de la relation de soin.

 

Graine DE ConsultanT...

Qu'est-ce qu'exercer le métier de Consultant en santé ?

Etre Consultant en santé est un métier d'humilité. Contrairement à ce que certains peuvent prétendre ou d'autres imaginer voire fantasmer, le Consultant en santé n'est pas omniscient. Il a besoin des autres, toutes professions confondues. Le mode d'approche du Consultant en Santé se veut non expertale, mais transdisciplinaire.

Le Consultant en Santé est un passeur. Il est le passeur d'une discipline à une autre tout en essayant sans cesse de faire la synthèse, de ne pas s'approprier une connaissance, d'être en recherche permanente. Au carrefour de différents métiers et de multiples spécialités, le Consultant a l'impression "qu'il ne sait rien" ; être en même temps directeur, qualiticien, infirmier, médecin, éthicien, pharmacien ou autre, cela n'a évidemment pas de sens.

Le travail du Consultant en Santé est un travail d'artisan. En aucun cas son approche ne peut être industrialisée, « copié-collée » d'un établissement à un autre. Son objectif : transmettre une pensée des organisations complexes ; ses outils : le travail de la main ; or toute œuvre de la main repose dans la pensée. Et pour Claude Bernard, une main habile sans la tête qui la dirige est un instrument aveugle ; la tête sans la main qui réalise reste impuissante.

C'est pourquoi le métier de Consultant en Santé est un métier où l'on apprend toute sa vie. Le Consultant n'est jamais dépositaire ni de certitudes, ni de vérités ; c'est un métier de la modestie et en même temps un métier de l'exigence. Il faut tenter d'être à l'affut de toute ce qui fait le progrès de la médecine et des sciences, mais aussi savoir redonner au sein de notre société toute la place qui revient à cette médecine et à cette science.

Aussi le Consultant en Santé devra accompagner en premier de cordée les professionnels de santé, mais aussi les gestionnaires ou les financeurs, à cheminer sur cette ligne de crête qui fait de la médecine non pas une science comme on l’entend trop souvent, mais et pour reprendre les propos de Canguilhem un art au carrefour de plusieurs sciences. Pour avancer, le Consultant en Santé dispose, au delà des outils méthodologiques des sciences des organisations, de deux outils symboliques  : le compas et la boussole. Le compas pour mesurer et évaluer ; la boussole pour s'orienter et garder le cap quand la pensée devient floue face aux tensions et paradoxes de notre société moderne. Ces deux outils, le Consultant doit les transmettre et les partager avec les professionnels de santé, tout en restant vigilant sur le risque majeur de la médecine aujourd'hui : si la médecine ne s’équipe que du compas, alors celle-ci ne deviendra plus qu’une (techno)science et le premier venu sera à même de l’exercer ; si elle privilégie la boussole au détriment des sciences, alors elle ne sera plus que bons sentiments.

Le Consultant en Santé devra également être le gardien du Temple d'une éthique du « prendre soin », éthique sans cesse malmenée par certaines idéologies philosophico-politiques. Rappeler sans cesse que la qualité, la gestion, l'évaluation ne sont pas une finalité, mais un moyen au service du soin, de l'organisatin et de l'institution.

Car c'est aussi de la question de la vérité et de la certitude en médecine dont il est question lors de chacune des missions d'audit, de certification HAS ou de formation. La médecine aujourd'hui est une médecine de la preuve, plus communément appelée « Evidence Based Medicine » (EBM). L’EBM apporte des certitudes en médecine. Mais la certitude est-elle le dernier mot de la vérité ? Recouvre-t-elle la vérité du phénomène scientifique ? « La science ne pense pas », dit le philosophe Heidegger de manière un peu provoquante ; elle ne pense pas puisqu’elle calcule. Quelques soient les réponses certaines que l’EBM apporte au questionnement sur le réel, la médecine par les preuves n’en n’épuise pas la vérité. Elle laisse le soin à la philosophie, à l’artiste mais aussi au poète, le soin et le souci d’en interpréter inépuisablement le sens.

Interrogez les médecins face à leur art : ils vous diront que, si parfois ils sont guidés par des signes certains, souvent, le plus souvent, ils se laissent conduire par des à-peu-près probables, par des tâtonnements sagaces, des tentatives, tantôt hardies, tantôt prudentes. Ici réapparaît le possible, le probable que le statut de la médecine doit pendre en compte car elle est une science de l’espérance et du risque. N’est-ce pas ce qui en fait une science de la vie ?

Etre Consultant en santé, c'est enfin et surtout se préoccuper des professionnels qu'il a en face de lui. C'est essayer de leur accorder le même respect et la même bienveillance qu'il leur est demandé d'avoir pour leurs propres patients. Ici ressurgit la fonction de passeur du Consultant, un passeur à l'image de celui du poème d'Yves Bonnefoy, Les planches courbes.

Nous avons besoin d'établissements de santé, de soignants et d'éducateurs qui construisent une réflexion éthique plutôt que d'appliquer « ce que doit être » un individu moral, un individu (soignant) « bientraitant » pour reprendre le terme d'aujourd'hui. Nous avons besoin de penser les conditions de la dignité, et non que l’on nous inculque des incantations du style « Sois digne et tais-toi ! ». C’est à ce prix là que la médecine, le soin et l’accompagnement prendront tout leur sens.

Avec une posture essuie glace entre Foucault, Ricoeur, ou Levinas, le consultant en santé doit être érudit et bricoleur : pour perpétuer la transmission de la culture et d'un savoir en santé, il doit descendre de sa position expertale, ruser, tout explorer afin d'éviter que cette culture et ce savoir ne se réduisent pas uniquement à de la méthodologie. C'est le grand enjeu de la consultance en santé : trouver les moyens, dans des organisations et une époque complexes, d'être ambitieux, juste et efficace.

Ce sont cet esprit, cette philosophie de la Consultance en Santé qui animent les Consultants du Cabinet LATITUDE SANTE depuis maintenant treize années, et dans le but de faire de la Qualité et de la sécurité des soins une ambition et non une obsession.

 

Roland CHVETZOFF

Fondateur et Directeur du Cabinet LATITUDE SANTE